Pavis

La plus belle et la plus connue des deux parties de Loa Pavis, mais également la moins peuplée, est Pavis, une grande cité élégante et sereine construite sur une colline.

La mentalité des habitants de Pavis est très exclusive. Pour celles et ceux qui habitent la ville haute, Loa ne fait pas partie du même monde et s’apparente davantage à une tumeur qu’à une partie de la ville. Ici, on n’hésite pas à afficher son mépris pour « ceux d’en bas ». Les étrangers sont mieux reçus, en particulier quand il devient évident qu’ils ne font que passer et comptent repartir rapidement.

Histoire

Le nom Pavis est tiré du cripque « paveik », qui signifie « repos ». La ville était à l’origine une nécropole construite sur un tertre rocheux. Des siècles de grands travaux et d’influence magique en ont fait une ville de près de quatre kilomètres de long, bâtie sur quelque chose qui ressemble à une mesa, une colline à sommet plat, qui surplombe tout le paysage environnant. Les différents bâtiments et monuments sont construits sur ce vaste plateau, pour la plupart en marbre blanc, et recouvrent tout le relief naturel original, comme écrasé par un urbanisme dévorant.

Géographie

Le plan général de Pavis est très régulier et, du dessus, ressemble au plan général d’un œil, avec une implantation des bâtiments en forme de lentille, dans laquelle s’inscrit un cercle. Au cœur de cette partie centrale, on trouve les constructions les plus prestigieuses, alors qu’à l’extérieur, on aperçoit principalement des habitations, bureaux et commerces, notamment les quartiers généraux des principales corporations : marbriers, marchands, pêcheurs, menuisiers, etc…

Certains prétendent que ce plan de rues peu orthodoxe est tel qu’il est parce qu’un Démiurge? gigantesque s’est penché sur cette butte il y a des milliers d’années et que les contours de son œil se sont imprimés dans la roche. D’autres estiment que les architectes qui ont modelé la ville l’ont fait obéir à une symbolique hermétique dont le sens profond s’est perdu. Ou peut-être qu’ils ont juste jugé que c’était joli. En tout cas, c’est probablement pour cette raison que le symbole de Loa Pavis est un œil blanc sur fond bleu. À moins que ça soit l’inverse.

Actuellement et depuis des décennies, le milieu du cercle est occupé par la Promenade des Géants?, une perspective monumentale de marbre blanc, bordée de jardins rectilignes, et pacourue par douze statues gigantesques, chacune mesurant une centaine de mètres de haut, et représentant les plus illustres des Artistes de l’histoire de l’Académie, représentés comme s’ils se baladaient ensemble et que les promeneurs étaient telles des fourmis à leurs pieds. Cette réalisation spectaculaire relie, à une extrémité, le Palais royal?, tout en dorures et aux vingt-sept coupoles rouge rubis, et à l’autre, l’Académie?, un grand bâtiment aux lignes austères, qui, il n’y a pas si longtemps, était couvert de peintures murales animées gigantesques, retraçant les grandes pages de l’histoire de la ville. Leur magie a cessé de fonctionner, ce qui fait qu’elles sont actuellement couvertes de bâches et d’échafaudages, comme si elles étaient en réfection alors qu’en réalité, personne ne sait comment les réparer.

Dans l’ombre de l’Académie, on trouve la Basilique de verre, un monument magnifique mais qui semble comme écrasée par sa proche voisine. Ce lieu central du culte des Démiurges semble taillé dans un énorme bloc de pierre translucide verte dans laquelle la lueur du jour se déploie en des milliers d’éclats. La religion ayant perdu de son influence à Loa Pavis, on n’y croise plus guère de monde et l’église, mal entretenue, présente des fissures et d’autres détériorations.

À l’autre extrémité, derrière le Palais royal, on trouve les loges du Cénacle, siège du pouvoir législatif, ainsi que la Haute Université? de Loa Pavis, constitué d’une douzaine de bâtiments, parmi lesquels un auditorium monumental et un observatoire de la voute céleste, désormais interdit d’accès parce qu’il constituait un appel trop irrésistible à la rêverie. La cote de la Haute Université n’est plus ce qu’elle était : sous l’influence de l’Académie, tous les cursus jugés trop contestataires ou imprévisibles ont été supprimés. De fait, il ne reste plus guère que des formations à l’ingénierie et aux sciences exactes, ou des enseignements très académiques de la musique et de la danse. Les étudiants se révoltent régulièrement, dans l’indifférence générale.

La Haute Université possède une riche bibliothèque, souvent surnommée la Spirale?, qui est construite en profondeur sous le bâtiment principal, sous la forme d’un vaste puit cylindrique parcouru par une rampe hélicoïdale. Elle possède de riches collections, en particulier pour tout ce qui concerne l’histoire de l’Art, mais depuis que l’Académie a commencé à imposer sa vision réglementaire de la création artistique, une grande partie de cette section est interdite au grand public, et réclame une autorisation officielle. De fait, chaque année, de plus en plus de volumes rejoignent la liste des livres censurés, souvent parce qu’ils sont considérés comme trop susceptibles de doper l’inspiration artistique du lecteur.

Le parc public de Pavis est le principal espace vert de la ville haute. Chacun de ses arbres, arbustes et massif de fleur est magiquement sculpté pour épouser des formes géométriques ou des silhouettes animales schématiques. Il est interdit de les approcher, et les promeneurs sont priés de rester sur les chemins pavés qui parcourent le parc. Les lieux sont entourés de restaurants chics et de clubs privés. La nuit, les lieux sont hantés par les prostitués et les trafiquants de drogue. Certains jurent y avoir croisé des fantômes.

Pavis est non seulement encerclée par des falaises, mais également par des murailles. De grandes portes peuvent clore, en cas de nécessité, tous les escaliers et autres accès à la ville haute. C’est néanmoins de plus en plus théorique, dans la mesure où une large section des murailles, fabriquées par magie, menace de s’effondrer. Quant aux six miroirs à tempêtes, des dispositifs magiques capables d’invoquer la foudre et de s’en servir contre des assaillants, ils ne fonctionnent pas actuellement.

Pavis et Loa sont reliés entre eux par le Grand Escalier?, une rampe monumentale qui permet à des milliers de personnes chaque jour de monter ou de descendre entre les deux segments de la Ville deux fois née, même si cela réclame d’avoir des mollets solides. Il y a plusieurs escaliers plus discrets, ainsi que des rues en pente, en particulier la ruelle de la Caracole?, où sont implantés toutes les Eglises de la ville. Chaque bâtiment est une église, et les passants se voient abordés par des prédicateurs en tous genres lors de leur ascension. Il existe également des ascenseurs et des téléphériques mécaniques, qui sont très lents et surtout utilisés pour transporter des marchandises.

Le sous-sol

La colline de Pavis est truffée de couloirs, corridors et catacombes. Les caves et cryptes des plus anciens bâtiments sont souvent connectées, et celles et ceux qui en connaissent les secrets peuvent progresser sur des distances importantes et accéder aux sous-sols de presque tous les hauts-lieux du quartier. Certains murmurent que ce sont des sociétés secrètes liées à l’Académie ou à l’aristocratie qui ont mis en place ce système, et dans les faits on aperçoit des peintures murales de grande qualité, constellés de signes ésotériques, à plusieurs détours du parcours.

En-dessous de ce premier niveau de catacombe s’en trouve un autre, plus secret encore : celui des corridors antiques de la nécropole créée par les fondateurs cripques de la cité. On dit que s’y cachent des bandits, réfugiés illégaux, activistes et même des monstruosités dont l’humanité a oublié le nom et l’apparence.

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