Loa Pavis

La cité que l’on appelle Loa Pavis et que l’on surnomme « La Ville deux fois née » est en réalité composée de deux localités voisines, Loa et Pavis, historiquement séparées par le delta de l'Egovine?, au bord de la Océan Pérenne. Elles ont évolué côte à côte pendant des siècles jusqu’à s’engloutir l’une l’autre et ne faire plus qu’une.

Quartiers

La description de la ville et de ses quartiers est à retrouver en détails dans les articles consacrés à Pavis et Loa.

Histoire

Matin

L’embryon de ce qui ne s’appelait pas encore Loa, mais Lughtal, est un modeste comptoir maritime construit par l’antique civilisation nordique des Cripques au troisième siècle avant l'ère artasienne dans un vaste port naturel situé dans le delta de l’Egovine. Le village a fait fortune grâce à l’activité de ses pêcheurs de perles-lunes?, puis a bénéficié d’une position enviable en plein cœur de la mer Pérenne, au beau milieu de ce qui allait devenir les principales routes maritimes au cours des siècles suivants. Peu à peu, le village s’est étoffé pour devenir une petite ville de plus en plus cosmopolite. Les Cripques sont progressivement devenus minoritaires, cédant la place à des marins et des marchands adamiens de plus en plus nombreux. Au sixième siècle du calendrier artasien, ceux-ci sont devenus majoritaires et sont les principaux responsables de l’expansion de la ville et de ses contours modernes. Des fondateurs cripques, il ne reste qu’une frange de la population modeste sur tous les plans, qui se font appeler les vieux-Loaniens? et qui ont conservé une langue et des traditions héritées de leurs ancêtres, elles-mêmes en perte de vitesse. Ils habitent les zones les plus pauvres de la ville et vivent en vase clos, se mélangent assez peu avec les adamiens.

Également fondée par les Cripques, Pavis est à l’origine une nécropole, fondée sur un tertre avoisinant par ce que les historiens pensent être un culte local adorant les ancêtres. Ceux-ci creusaient des galeries où ils entreposaient les dépouilles de personnages illustres, que les habitants des vallées environnantes visitaient lors de plusieurs festivals annuels. Peu à peu, la nécropole a gagné en importance et a attiré de plus en plus de monde, ce qui fait que les moines qui s’occupaient du site ont bâti une église et des bâtiments en surface pour héberger leurs hôtes. Progressivement, le site est devenu une petite ville, pour les vivants en surface, pour les morts dans les profondeurs. Elle a bénéficié du commerce avec Loa, et, comme elle, sa population s’est métissée, jusqu’à ce qu’elle devienne majoritairement adamienne. La petite chapelle du site a plusieurs fois été démolie et rebâtie, a été consacrée à plusieurs divinités, jusqu’à son incarnation la plus moderne, dédiée au culte des Démiurges.

Midi

Les deux centres urbains voisins n’ont cessé de s’étendre jusqu’à se toucher, uniquement séparés par le cours de l’Égovine, franchi par des ponts de plus en plus nombreux. Les autorités des deux cités ont traversé des décennies de rivalités et de querelles de voisinage, avant que le sac de la ville, en 609, suivi d’une série d’incendies dévastateurs et de guerres avec les royaumes voisins, les forcent, un peu malgré elles, à s’unir sous une même bannière.

Une longue série de guerres avec les cités-Etat voisines a souri à la Ville deux fois née, qui s’en est servie pour asseoir sa domination sur la terre et sur la mer et étendre ses dépendances dans les plaines et les vallées voisines. Avec le règne de la reine Alagaoua? et ses successeurs les souverains de la dynastie Emayate, Loa Pavis est entrée dans un âge d’or, au cours duquel elle a atteint l’apogée de sa richesse et de son influence géopolitique, et à l’occasion duquel les principaux monuments qui font actuellement sa renommée ont été bâtis.

Le coup de génie d’Alagaoua et de ses successeurs a consisté à utiliser la fortune de la ville pour y attirer de nombreux artistes, les faisant bénéficier de conditions de vie très enviables, à condition que ceux-ci consacrent une partie de leur temps à contribuer aux grands projets municipaux. À cette époque, les Artescents avaient atteint le sommet de leurs connaissances et de leurs possibilités, et de nombreux génies arpentaient les continents, prêts à transformer le monde par leur talent.

Grâce à leur magie?, ces nouveaux-venus, provenant de la sphère culturelle adamienne comme d’ailleurs, ont bâti d’innombrables réalisations qui ont fait depuis la renommée de Loa Pavis : le Palais royal?, les murailles, la Basilique de verre, la Promenade des géants, le Phare cyclopéen et bien d’autres. De manière moins tape-à-l’œil, ils ont également amélioré la qualité de vie en ville en réalisant des équipements dont les générations précédentes n’auraient pu faire que rêver, comme des égouts et un système d’éclairage public.

L’histoire a principalement souhaité retenir ces réalisations miraculeuses et a préféré oublier que nombre d’entre elles ont été acquises dans la souffrance, occasionnant de fréquents accidents magiques qui déchaînaient sur la ville des créatures magiques, des tempêtes et des explosions. Datant de cette époque, l’Académie des Arts, aujourd’hui connue sous le nom d’Académie des Arts légaux, s’est attelée à réglementer cette pratique. Dans les faits, elle est rapidement devenue un cercle d’influence qui a permis aux Artescents de gagner en pouvoir politique au sein de la cité.

En parallèle, des artistes en tous genres, poètes, danseurs, comédiens et autres, se sont massés dans la ville pour y signer des réalisations mémorables. Le niveau d’enseignement et d’alphabétisation générale a augmenté et c’est également à cette époque qu’a été fondée la Haute Université? de Loa Pavis.

Soir

C’est peut-être de là que date le tournant de l’histoire de la ville. Les conditions de vie s’améliorant, le taux d’alphabétisation aussi, la population est devenue plus cultivée et plus consciente de son statut, ce qui a engendré des revendications parfois violentes.

Au terme de cette période de transition, deux contre-pouvoirs sont apparus. Le Cénacle, une assemblée d’aristocrates et de ploutocrates, jusqu’ici embryonnaire, a gagné des pouvoirs réels, jusqu’à progressivement éclipser ceux de la couronne royale. En parallèle, ce qu’on a appelé les corporations, soit les associations professionnelles, se sont constituées et ont négocié de meilleures conditions de travail. Les capacités de blocage de certaines d’entre elles, voire même, selon les mauvaises langues, leurs liens avec la pègre (pour certains secteurs), en ont fait des partenaires de négociations indispensables. Chaque année, le pouvoir de la couronne royale, aux mains de la dynastie des Crurdarius, décline pour ne plus représenter au final grand-chose de substantiel.

Une branche professionnelle a encore bien davantage que les autres connu une ascension sociale et politique lors de cette phase : celle des Artescents. L’Académie est devenue, davantage qu’un contre-pouvoir : un véritable pouvoir, capable d’imposer ses vues à la couronne et à tous les cercles d’influence de la ville. Pendant cette période, des projets de plus en plus extravagants et pharaoniques ont été mis en chantier, faisant courir de plus en plus de risques à la population, l’hubris des artistes ne connaissant plus de limites. De plus en plus, l’Académie, incarnant la nouvelle assise politique des artistes, réglementait la manière jugée correcte de pratiquer l'Artescence, au nom d’une nouvelle éthique de l’efficacité, ce qu'on appelle le dogme de la Pure technique. La nouvelle Artescence se voulait efficace, économique, orthodoxe et réglementaire, et se devait d’obéir à un certain nombre de normes. L’Académie a alors été formellement rebaptisée « Académie des Arts légaux ». Par ailleurs, les accidents liés à la pratique de l’art se multipliant, la garde royale se mit à faire la chasse à toute pratique illégale de l’art, et l’Académie elle-même finit par mettre en place son propre corps de police, la Doxe.

En secret, les responsables de l’Académie étaient en train de se rendre compte que l’Artescence devenait de moins en moins fiable. La multiplication des règles et le contrôle de plus en plus draconien sur l'exercice illégal de l'art constituaient également des moyens pour elle de conserver son pouvoir malgré l’érosion de sa magie. Afin de faire diversion, mais également au nom de son ambition dévorante et de sa prétention, la ville de Loa Pavis s’est trouvée des ennemis de plus en plus nombreux et a commencé à développer une rhétorique de rivalité avec les cités-Etat voisines. Une guerre froide larvée s’amorçait, faite d’espionnage, d’escarmouche et d’attentats de part et d’autre.

Au début du 9e siècle, alors que l’Artescence cesse de fonctionner, le travail de sape de l’Académie porte ses fruits : après des décennies d’enfumage, l’institution se retrouve dans une position où elle peut argumenter que si sa magie ne fonctionne plus, c’est la faute des individus qui pratiquent l’Artescence illégalement et de l’influence des puissances étrangères. Pour régler cette crise, le recteur de l’Académie, Vartaram Grik, est nommé dictateur par le Cénacle afin qu’il puisse bénéficier de pouvoirs absolus pour un temps limité.

Groupes d'influence

L’Académie

Créée comme un espace de créativité et de recherche magique, l’Académie des Arts, aujourd’hui Académie des Arts légaux, est progressivement devenue un instrument de supervision de toute l’activité artistique à Loa Pavis et même au-delà, imposant des méthodes conventionnelles de créer et de pratiquer l'Artescence, afin d’assurer la sécurité de chacun et d’éviter les excès du passé. Devenu un instrument de contrôle, l’institution s’est mise à vouloir imposer sa volonté sur tous les plans, et est devenue au 9e siècle la principale autorité en ville, celle qui représente le réel pouvoir et qui tire les ficelles dans la plupart des circonstances.

Le Cénacle

Le Cénacle est le législatif de la ville. Au départ simple conseil consultatif composé de ministres, ses rangs n’ont pas cessé de grandir au fil des années et au gré des ambitions de la noblesse. Aujourd’hui, ils sont cent, et sont supposés représenter la population de la ville auprès de la reine ou du roi. Les membres du Cénacle sont élus pour cinq ans par cooptation. Ne sont éligibles que les membres des familles nobles et des plus riches familles bourgeoises de la ville.

Dans les faits, aujourd’hui, le Cénacle a davantage de pouvoir que la Couronne. C’est lui qui décide des grandes orientations de la politique intérieure et extérieure, en particulier depuis qu’il aligne ses décisions sur les souhaits et les intérêts de l’Académie. Le président du Cénacle, le marquis Anedmond de Poumaillac?, est le représentant de la faction majoritaire, les Expansionnistes, qui souhaitent faire de Loa Pavis une puissance militaire, susceptible de conquérir des territoires, et qui souhaitent retrouver la puissance magique de l’Art, en réglementant davantage la créativité des Artistes.

La deuxième faction est celle des Isolationnistes, qui estiment que Loa Pavis doit s’occuper de ses propres affaires et se couper du monde extérieur autant que possible. Enfin, les Solidaires estiment que chaque habitant de la ville devrait avoir le droit de vote et que la municipalité devrait financer davantage les travaux de l’Université. Ils sont traités avec méfiance par l’Académie, qui considère que leurs idées sont dangereuses.

La Couronne

L’apparat est un des derniers pouvoirs qui reste à la Couronne royale de Loa Pavis. La dynastie des Crurdarius, qui, en théorie, règne sur la ville, n’exerce en réalité que peu d’autorité réelle. Tous les serviteurs de la cité jurent qu’ils agissent au nom des souverains, mais dans les faits, la jeune reine Cibile passe ses journées à couper des rubans et à organiser bals et funérailles. A pas plus de 21 ans, elle a été catapultée en 814 au sommet de la famille royale après le décès accidentel de son père. Elle est entourée de frères, sœurs, cousins et cousines aux dents aiguisés, qui rêvent de lui ravir son trône, et consacre une partie de son énergie à déjouer leurs manigances. Cibile est une jeune femme intelligente et ambitieuse et elle n’a pas l’intention de se cantonner éternellement à faire de la figuration.

Attachés à la Couronne, de nombreux habitants de la ville sont considérés comme membre de la noblesse. On les appelle « aristocrates », sans mention spécifiques de titres ou de responsabilités. Leurs titres sont en général héréditaires et leur permettent d’être élus au Cénacle. En général, les nobles se situent au-dessus de la mêlée et peuvent agir avec une certaine impunité. Ils reçoivent une contribution financière annuelle, tirée du trésor de la Couronne.

Les forces de sécurité

Il y a plusieurs groupes chargés de la sécurité en ville. Ils ont tous des attributions différentes et il existe certaines frictions entre eux. Le premier et celui que l’on rencontre le plus fréquemment en ville : la Garde?. A l’origine, il s’agissait du corps chargé de faire régner l’ordre à Loa Pavis et de surveiller les murailles, mais aujourd’hui elle ne conserve que la première de ces deux missions. La Garde est la police de la ville, théoriquement placée directement sous les ordres de la Couronne, même si dans les faits elle reçoit également des instructions du Cénacle. Ses membres peuvent être facilement identifiés à leur casque, un cabasset frappé des armoiries de la cité, que ses membres portent généralement également sur leur haubert, à l’emplacement du torse.

Ils sont en charge de maintenir l’ordre public, de pourchasser les ennemis de la couronne, d’arrêter les malfaiteurs, de prendre soin des prisonniers et, occasionnellement, d’enquêter sur les crimes, même s’ils sont tragiquement sous-qualifiés pour cette dernière mission. En cas d’invasion de la ville, ils représentent une dernière ligne de défense, et la plupart de leurs membres argumentent qu’ils sont au moins aussi bons combattants que les soldats de la ville. Les membres de la Garde sont jaloux des militaires, et éprouvent du ressentiment pour l’existence de la Doxe, dont ils estiment qu’elle empiète sur leurs attributions.

L’Armée de Loa Pavis ne compte que quelques centaines de membres. Ils sont stationnés sur les remparts et au sein de la garnison, et répartis en plusieurs corps : l’infanterie, les archers, l’artillerie, la logistique et un petit corps de cavalerie. Les membres de l’armée ont des uniformes différents selon leur incorporation, mais la plupart portent des armures et une barbute avec visière en « T » en guise de casque. Les tensions grandissent actuellement au sein de l’Armée, en raison de la volonté des autorités de grossir rapidement ses rangs. Le fait que de nombreuses nouvelles recrues soient d’anciens repris de justice met à mal la cohésion des troupes.

Stationnés à Loa, près du port, les membres de la Marine sont encore moins nombreux que ceux de l’Armée. Ils servent sur la douzaine des navires de guerre de la ville, qui sert à la protéger des invasions par voie de mer et à arraisonner les pirates. Dans les faits, elle ne voit pas beaucoup d’action et les marins sont plus occupés à entretenir leur rivalité avec les soldats qu’à se rendre réellement utile pour la ville.

Dernier corps de sécurité constituée, la Doxe est la police privée de l’Académie. Elle est théoriquement chargée de poursuivre celles et ceux qui font un usage illégal de l’Art. Dans les faits, ses membres, qui portent des uniformes noirs, exécutent toutes les basses œuvres de l’Académie et arrêtent toutes sortes de gens pour toutes sortes de raisons, en toute impunité. Une partie d’entre eux sont entraînés comme espions et sont infiltrés dans toutes les couches de la ville.

A noter que Lao Pavis n’a pas de corps constitué de lutte contre le feu ou les inondations. Lors de catastrophes, c’est la solidarité des habitants qui entre en jeu. Il existe également quelques compagnies privées qui interviennent principalement chez les riches qui ont les moyens de souscrire une assurance.

La pègre

Il existe plusieurs gangs et bandes criminelles en ville en particulier dans les quartiers pauvres. La plupart d’entre elles sont informelles et ne restent pas active très longtemps. Un seul syndicat du crime digne de ce nom est actif à Loa Pavis : il s’agit des Yeux Morts, une organisation criminelle spécialisée dans l’extorsion, le trafic de drogue et le recel. Les fondateurs de ce groupement sont des membres d’une minorité ethnique, les Dvaliks, même si ces dernières décennies, la composition des Yeux Morts s’est beaucoup diversifiée. De plus en plus, les responsables du syndicat sont en quête de respectabilité et cherchent à accumuler de l’influence politique. Ils restent malgré tout très violents et résistent avec beaucoup d’efficacité aux efforts de la Garde pour leur compliquer la vie. Leur mystérieux chef, l’insaisissable Roi-Oiseau, est la personne la plus recherchée de la ville.

Considérés comme des criminels par le pouvoir, les Griffons? ne sont pas à proprement parler des criminels, mais plutôt des idéalistes qui s’appuient sur des actions illégales : cet assemblage d’artistes autodidactes et de révolutionnaires pratique la peinture murale comme une forme de provocation séditieuse. Ils agissent la nuit et peignent des dessins en tous genres sur les murs de la ville afin de contester le statu quoi.

La religion

Traditionnellement, la culture adamienne est polythéiste et croit à un panthéon de déesses et de dieux, même si chaque partie de l’ère culturelle adamienne possède ses variantes locales. C’était également le cas de Loa Pavis autrefois, mais les usages ont beaucoup évolué. Sous l’influence de l’Académie, cette religion ancestrale a égaré l’essentiel de sa substance : les divinités ont perdu nom, apparence et autres particularités, et on les adore collectivement sous le nom des Démiurges?. Ils n’ont plus de caractéristiques individuelles et on n’enseigne plus les histoires anciennes liées au panthéon : on se contente de les prier comme des entités désincarnées qui exerceraient une influence positive sur la vie de tous les jours.

Autre changement majeur : alors qu’à l’origine, les dieux et les déesses étaient censés avoir créé l’univers, ce n’est pas le cas des Démiurges, qui se contentent de présider à la création et à l’humanité. L’Académie jugeait dangereux que la population prie des divinités créatrices, ce qui pouvait être vu comme un encouragement à pratiquer l’Art de manière illégale.

Aujourd’hui le Culte des Démiurges est toujours la religion la plus pratiquée en ville mais il est en perte de vitesse et n’a presque plus d’influence politique, même si les autorités continuent à inclure des prêtres dans les principaux rites officiels qui rythment la vie publique. Restent les Sœurs Charitables, un ordre monastique féminin dont les membres portent des masques émeraude, et qui tiennent des dispensaires en ville et qui font de ce fait toujours partie de l’existence quotidienne des habitants. Loa Pavis est une ville cosmopolite et d’innombrables religions et sectes y sont représentées, en particulier le long de la Caracole?. La plupart sont assez folkloriques et leur poids dans la vie quotidienne de la cité est négligeable.

Catégories: ;